Titre de l’extrait : « Les chemins de la décroissance »…..

Depuis la révolution néolithique, qui eut lieu il y a 10.000 ans, la civilisation humaine est passée par quatre étapes principales : l’antiquité qui dura 4.000 ans, le moyen âge qui dura 1.000 ans, les temps modernes qui durèrent 300 ans, et la civilisation industrielle, dans laquelle nous vivons aujourd’hui, qui dure depuis 200 ans.

Sur l’ensemble de ces 10.000 ans, les courbes d’évolution de la population, de la consommation de ressources naturelles finies (énergie fossile et minerais principalement) et de la production de biens (le fameux PIB), présentent un tracé linéaire et quasi-constant jusque vers le début des années 1800, date à partir de laquelle ces trois courbes se cabrent de façon asymptotique, indiquant une multiplication par mille en moins de 200 ans de chacune des trois données restées pourtant stables pendant plus de 10.000 ans.

La civilisation industrielle, qui s’est développée depuis à peine 200 ans, se distingue des quatre autres périodes (néolithique, antiquité, moyen age et renaissance) par le fait qu’elle utilise de façon intensive et illimité les ressources naturelles fournies gratuitement par la dot terrestre. Cette pratique, inconnue pendant les âges précédents, a rendu possible une activité nouvelle, l’industrie, qui combine l’utilisation des ressources dites énergétiques (pétrole, gaz, charbon,…) et des ressources dites minérales (fer, aluminium, zinc, plomb, nickel,…). Ces ressources, qu’elles soient énergétiques ou minérales, sont extraites du sol de la planète où elles existent en quantité limitée depuis des millénaires et ne sont pas renouvelables à l’échelle humaine.

Cette activité nouvelle, l’industrie, a permis de fabriquer toutes sortes d’objets qui ont facilité la vie quotidienne de l’homme, mais elle a été également utilisée pour produire la quasi-totalité des aliments indispensables à notre vie biologique.

Ainsi que le montrent bien les trois graphiques ci-dessous, cette civilisation industrielle s’accompagne d’une augmentation vertigineuse des trois données déjà citées : population, consommation de ressources naturelles finies (énergie et minerais) et production de biens (le fameux PIB).

Dès lors une question se pose : qu’adviendra t-il du système industriel, et par voie de conséquence de l’organisation sociétale qui le porte, lorsque les ressources naturelles viendront à manquer ? Car, la raréfaction de ces ressources n’est pas une simple vue de l’esprit, mais une réalité factuelle qu’aucun scientifique ne conteste. Et cette réalité est déjà « en marche », puisque les principales ressources ont dès aujourd’hui atteint leurs « pics », un pic représentant le moment où la quantité qu’il reste à extraire devient plus faible que celle qui l’a déjà été. A partir d’un pic de production, on dit qu’une ressource entre alors en « déplétion », terme sophistiqué désignant tout simplement ce que le langage courant nomme le « début de la fin ».

C’est donc une simple loi arithmétique connue de n’importe quel enfant de CM1 qui va nous aider à répondre à la question posée. En effet, dans la mesure où le système industriel est tout entier basé sur l’utilisation des ressources naturelles finies, la raréfaction inéluctable de ces ressources devrait mathématiquement créer un déclin de ce système. Cette évidence n’avait toutefois pas effleuré l’esprit des fondateurs de la société industrielle qui, intuitivement, étaient persuadés que les ressources qu’ils se proposaient de prélever dans la dot terrestre étaient infinies, ou que, tout au moins, elles pouvaient être infiniment réutilisées.

C’est alors que, suppléant à l’arithmétique rudimentaire, la science physique avancée se chargea de détruire cette illusion. Le premier scientifique qui mit en lumière cette réalité inéluctable, et initia le terme de « décroissance », se nomme Nicholas Georgescu Roegen, et ce, dès 1970, dans une série d’ouvrages qui l’ont conduit a introduire les lois de la thermodynamique et le principe d’entropie en économie. C’est ainsi qu’il énonça le principe de dégradation de l’énergie et de la matière, en démontrant notamment que « l’énergie et la matière utilisable lors du processus industriel sont continuellement transformées en énergie et matières devenues inutilisables jusqu’à ce que les premières disparaissent complètement », créant ainsi le concept de « bio-économie ».

Dès lors, et pour tous les esprits rationnels, c’en était fini de l’illusion de l’énergie et de la matière infinies, autrement dit des mythes économiques dont se berçaient les thuriféraires de la croissance.

Afin d’illustrer différemment cette réalité nous pourrions également rappeler la célèbre citation de Kenneth Boulding : « Celui qui croit qu’une croissance infinie peut exister dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste », en notant au passage que le terme général d’« économiste » sous-entend économiste orthodoxe, donc croissanciste, ce que n’était naturellement pas, Nicholas Georgescu Roegen.

Il est un fait que cette perspective de la décroissance économique inéluctable est aujourd’hui largement relayée par de nombreux mouvements d’idées. Malgré cela, nous devons toutefois faire preuve de réalisme et rester conscients que la religion croissanciste est trop solidement ancrée dans l’inconscient collectif des populations, pour qu’il puisse sembler raisonnable de prévoir un effondrement culturel prochain remettant drastiquement en question le mode vie et la stratégie économique actuels de la collectivité humaine.

Le pronostic le plus probable est plutôt celui d’un déclin économique progressif (certains parlent même d’effondrement se faisant ainsi les promoteurs d’une nouvelle doctrine : la collapsologie), déclin qui nous mènerait de façon inéluctable et obligatoire vers une situation équilibrée sur le plan thermodynamique, seule façon raisonnable d’envisager un état sociétal durable. Cette analyse est portée par de nombreux mouvements d’idées qui, à défaut d’être reconnus porteurs d’une thèse officielle, bénéficient néanmoins d’une attention grandissante de la part de l’opinion publique.

Mais à côté de cette analyse bio-économique, une autre analyse, celle-ci moins répandue, prend en compte des données financières et comptables pour confirmer et certifier le caractère non-durable du système industriel mis en place depuis 200 ans à peine.

Cette analyse nous conduit à une deuxième perspective, celle de la banqueroute financière de la société industrielle, perspective liée, cette fois non pas à l’application de lois physiques, mais simplement à celles de règles comptables. Cette nouvelle approche, complémentaire et non pas exclusive de la bio-économie, constitue l’apport original de cet ouvrage.

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