Présentation du livre « L’impasse de la croissance »

Cet essai critique de la société industrielle a pour objet de montrer que la démarche sociétale entreprise par la grande collectivité humaine depuis moins de deux cent ans, et qui a pour nom « La Croissance », mène irrémédiablement à une impasse. Cette impasse, que nous allons efforcer de décrire en détail, est globale, mais présente néanmoins de multiples aspects, dont chacun fera l’objet d’un chapitre particulier.
Il y aura tout d’abord l’impasse physique, sans aucun doute la plus importante, parce que génératrice de toutes les autres impasses qui ne sont, nous le verrons, que des déclinaisons ou externalités négatives de la cause première et essentielle : l’ignorance des lois de base de la physique par l’activité humaine.
Nous examinerons ensuite l’impasse comptable, qui mettra un focus sur la contestation du PIB en tant qu’indicateur de bonne santé de l’économie, et sur la présence de charges cachées omises par les comptabilités publiques.
Puis nous aborderons, dans le cadre d’un troisième chapitre, l’impasse financière, c’est à dire la mise en évidence de la vanité des moyens imaginés par les gestionnaires croissancistes pour masquer la situation de faillite virtuelle à laquelle le système économique se trouve confronté.
Ces trois premiers chapitres mettant en lumière des éléments intrinsèques de la croissance, c’est à dire situés à l’intérieur d’elle même et comme relevant de son essence propre, seront suivis de quatre autres chapitres qui révéleront plus particulièrement des éléments extrinsèques de la croissance, c’est à dire des représentations et manifestions a priori extérieures à son essence constitutive, mais directement reliées à elle en tant que conséquence directe de son existence.
Du même coup, notre regard se portera directement sur l’espèce humaine, en proie à une mutation accélérée du genre homo sapiens vers le genre homo industrialis. Cette démarche nous conduira dans un registre moins technique, relevant plus de l’anthropologie sociale (terme aujourd’hui consacré comme devant remplacer celui d’ethnologie) et nous amènera à aborder des thèmes relevant plus précisément des sciences humaines.
C’est ainsi que le quatrième chapitre, l’impasse sanitaire, traitera de l’un des besoins primordiaux de l’homme, la santé, dont il attend de l’organisation sociétale moderne une protection maximale. De ce point de vue, et à la lumière des graves problèmes sanitaires que rencontre actuellement la société industrielle, nous évaluerons le niveau de satisfaction atteint par rapport à cette attente.
Le cinquième chapitre s’intéressera au besoin numéro un de l’homme, celui qui conditionne tout simplement sa survie biologique : l’alimentation. Sur ce point, le constat sera implacable : la société industrielle croissanciste risque de ne pas être en mesure de nourrir, dès le moyen terme, la quantité de population qu’elle a générée depuis sa création. De ce point de vue, l’impasse alimentaire est évidente.
Puis nous verrons que ces différentes sous-impasses, constitutives de l’impasse globale de la croissance, produisent un effet négatif sur l’évolution des connaissances et des pratiques sociales, nous conduisant tout droit dans une véritable impasse culturelle, sujet du sixième chapitre.
Enfin, ces analyses nous amèneront à constater que le mode d’exercice du pouvoir choisi pour gérer la société croissanciste ne permet pas de résoudre les problèmes que cette dernière a elle-même créés. Ce sera le sujet du septième chapitre : l’impasse politique.
Mais, en guise de préambule à cette étude, il apparaît nécessaire de resituer le contexte général dans lequel la société de la croissance s’est installée et de rappeler les caractéristiques et les étapes de la trajectoire que l’homme a résolument, mais imprudemment, choisie de suivre depuis deux siècles à peine.
Car, en effet, après trois ou quatre millions d’années d’évolution du genre homo, de l’australopithèque à l’homo sapiens (que nous pouvons considérer comme l’équivalent biologique de l’homme d’aujourd’hui), période durant laquelle et malgré ces évolutions successives, le mode de vie humain (le fameux mode chasseur pêcheur cueilleur ) a joui d’une remarquable stabilité et durabilité, une rupture est intervenue, il y a environ dix mille ans, suffisamment importante pour que les historiens-paléontologues la dénomme révolution : la révolution néolithique.
Il n’entre pas dans le cadre de notre propos de détailler, ou de tenter d’expliquer les causes de cette rupture de mode de vie, bien qu’il soit évident que la (ou les) réponse(s) pouvant être apportées à cette question sont autant de clés pour comprendre la situation du monde présent. Nous laisserons ainsi ce sujet crucial de côté, pour l’instant, en attendant peut être d’y consacrer une étude ultérieure et spécifique.
Suite à cette révolution néolithique qui modifia progressivement, mais radicalement, le mode de vie de l’homo sapiens, la civilisation humaine a encore évolué par étapes successives, dont les principales furent, dans l’ordre chronologique : l’Antiquité (de -2.500 av. JC à 500 ap. JC), le Moyen âge (de 500 à 1.500), les Temps modernes (de 1.500 à 1850), et, dernière en date, la Société industrielle, dans laquelle nous vivons aujourd’hui et qui dure donc depuis cent soixante dix ans seulement, et qui va faire plus particulièrement l’objet de notre étude.
La Société industrielle, en effet, se distingue notamment des quatre autres périodes (néolithique, antiquité, moyen age et temps modernes) par le fait qu’elle a entrepris d’utiliser de façon intensive et illimitée certaines ressources naturelles fournies gratuitement par la dot terrestre, dénommées ressources finies. C’est cette pratique, inconnue pendant les âges précédents, associée aux découvertes scientifiques et techniques de l’esprit humain, qui a rendu possible une activité nouvelle, l’Industrie, combinant l’utilisation des ressources dites énergétiques (pétrole, gaz, charbon,…) et des ressources dites minérales (fer, aluminium, zinc, plomb, nickel,…).
Ces ressources naturelles finies, qu’elles soient de nature énergétiques ou minérales, présentent trois caractéristiques fondamentales qui sont les suivantes :
1. elles sont extraites du sol de la planète,
2. elles y existent en quantité limitée depuis des millénaires,
3. elles ne sont pas sont pas renouvelables à l’échelle humaine.
Cette activité nouvelle, l’Industrie, a permis de fabriquer toutes sortes d’objets qui ont facilité la vie quotidienne de l’homme, mais elle a été également utilisée pour produire la quasi-totalité des aliments indispensables à sa vie biologique.
Le développement de la Société industrielle s’est accompagné d’une augmentation vertigineuse et homothétique de trois données fondamentales, dont nous aurons l’occasion de reparler abondamment tout au long de cette étude : la consommation de ressources naturelles finies (énergie et minerais), la production de biens (le fameux PIB) et la population.
Ainsi, sur l’ensemble de ces 10.000 ans qui nous séparent de la période néolithique, les courbes d’évolution de la consommation de ressources naturelles finies, de la production de biens et de la population, présentent un tracé linéaire et quasi-constant jusque vers le milieu du dix neuvième siècle, époque à partir de laquelle ces trois courbes se cabrent simultanément, et de façon asymptotique, traduisant ainsi en termes chiffrés une multiplication impressionnante, en moins de 200 ans, de chacune de ces trois données restées pourtant quasiment stables pendant plus de 10.000 ans.
Pour ce qui concerne la consommation de ressources naturelles finies, c’est à dire le prélèvement (ou la prédation si l’on préfère) par l’homme de la dot naturelle fournie gratuitement par notre Mère Nature, nous sommes passés de epsilon à 1 milliard de tonnes sur la période allant de -10.000 ans à 1850 après JC, soit une consommation moyenne de 100.000 tonnes/an. En revanche, nous sommes passés de 1 milliard de tonnes à 80 milliards de tonnes en 170 ans, c’est à dire sur la période allant de 1850 à 2020, soit une moyenne de 470 millions de tonnes/an. En synthèse nous sommes donc passés d’un rythme moyen de prédation des ressources naturelles finies de 100.000 tonnes/an, à un rythme moyen de 470 millions de tonnes/an. Soit 4.700. fois plus élevé.

Consommation de ressources naturelles finies

Pour ce qui concerne la production de biens, mesurée par le PIB, elle a varié de Epsilon à 500 milliards d’euros en 10.000 ans, soit une augmentation moyenne de 50 millions euros/an, mais elle a varié ensuite de 500 milliards d’euros à 74.000 milliards d’euros en 170 ans, soit une augmentation moyenne de 435 milliards d’euros/an. En synthèse nous sommes donc passés d’un rythme moyen d’augmentation de la production de biens de 50 millions euros/an à un rythme moyen de 435 milliards d’euros/an. Soit 8.700. fois plus élevé.

Production de biens (PIB)

Enfin, pour ce qui concerne l’augmentation de la population, dont nous pouvons raisonnablement penser qu’elle n’a été rendue possible que par l’accroissement des deux facteurs précédents (eux-mêmes étant bien évidemment consubstantiels entre eux) nous sommes passés de 5 millions à 500 millions d’âmes en 10.000 ans, soit un accroissement moyen de 45.000 âmes/an, contre un accroissement de 500 millions à 8 milliards d’âmes en 170 ans, soit soit une moyenne de 44 millions/an. En synthèse nous sommes donc passés d’un rythme moyen d’augmentation de la population mondiale de 45.000 homos sapiens/an, à un rythme moyen de 44 millions d’homos sapiens/an. Soit 880 fois plus élevé.

Evolution de la population

En résumé, le rythme de prédation des ressources naturelles finies a été multiplié par 4.700, le rythme de production de biens par 8.700 et le rythme d’augmentation de la population par 880 pendant la période de référence de ces 170 dernières années, représentant la durée de vie de la société industrielle, que nous dénommerons tout au long de cet ouvrage « société industrielle capitaliste croissanciste », qualificatif sur lequel nous reviendrons bien sûr abondamment et largement par la suite.
Ces trois chiffres sont nets, factuels et incontestables et nous pourrions même clore notre propos ici en tirant la conclusion qu’une folie inconnue s’est emparée d’homo sapiens depuis quelques décennies et qu’il n’est d’autre issue à ce délire d’hyperactivité qu’une catastrophe dont seule la date précise de survenance reste incertaine ainsi que les caractéristiques détaillées de ses modalités.
Mais nous sommes également là pour observer nos propres comportements et les analyser indépendamment de toute autre considération. Et c’est dans cette optique d’observation et d’analyse rigoureuse, que nous allons nous efforcer d’étudier des chances de survie du modèle croissanciste de la société moderne.

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