16 avril 2024

Les deux axes stratégiques de l’après-croissance

1 – Le principe de la décroissance inéluctable

Au delà du brouhaha médiatique du développement durable et du marché psycho-commercial de l’éco-anxiété, il importe de bien préciser auprès du grand public quelle est notre interprétation spécifique de la décroissance : la décroissance inéluctable. Cette clarification est rendue d’autant plus nécessaire que le concept de décroissance volontaire tend à se présenter dans les grands médias comme la seule interprétation recevable de la décroissance et que nous devons mettre en oeuvre tous les moyens pour faire valoir notre interprétation propre. Cette démarche pourrait se concrétiser par la diffusion la plus large de ce manifeste en dix points :

  1. Nous rejetons catégoriquement et définitivement la stratégie politique de la masse critique prônée une certaine mouvance dite “décroissante” qui base son action sur l’espoir d’une multiplication des  gestes individuels de réduction de la consommation de ressources naturelles finies.
  2. Ce rejet de nature politique n’implique pas le discrédit ni la condamnation sous aucune forme des choix individuels de ce type, bien au contraire, mais il souligne le caractère négligeable de ces postures à l’échelon mondial.
  3. Nous prenons acte que la quasi-totalité des habitants de la planète ne désire pas adopter un mode de vie frugal, ni opérer une réduction de son niveau de vie.
  4. Nous dénonçons les idéologues qui tentent de persuader leurs militants du contraire et prétendent que les actes de décroissance volontaire individuelles se développent de plus en plus dans le monde.
  5. Nous dénonçons les idéologues qui prétendent que la seule interprétation possible du terme de décroissance est ce type de comportement volontaire et individuel. De ce point de vue, nous considérons qu’ils sont des usurpateurs du terme de décroissance.
  6. Nous dénonçons également ces idéologues pour leurs visées politiciennes, pour leur discours démagogique prônant une décroissance volontaire fatalement porteuse d’une joie de vivre future et n’ayant, en réalité, pour seul objet que l’obtention d’avantages sur-socialisants (dont une dotation financière inconditionnelle) auprès d’un pouvoir politique restant par ailleurs inchangé quant à sa nature oligocratique et capitalistique. De ce point de vue nous considérons qu’ils sont des imposteurs politiques.
  7. Nous affirmons au contraire que la décroissance doit s’interpréter comme une évolution inéluctable du mode de production économique actuel de l’humanité selon les lois de la physique.
  8. La réalité objective nous conduit à affirmer qu’aucun discours sur cette décroissance inéluctable ne sera audible après du grand public, tant que les premiers effets de ce phénomène ne seront pas visibles à l’oeil nu par l’individu ordinaire.
  9. Dans ces conditions, notre mission est d’oeuvrer à mettre en lumière ces premiers effets annonciateurs et à les analyser.
  10. Parallèlement à cette mise en lumière, notre mission et de proposer un programme politique (Le programme pour une société de l’après croissance) qui  se donne pour objectif de gérer la décroissance inéluctable (ou construire le déclin) afin d’éviter le risque majeur d’effondrement lié à la décroissance inéluctable.

2 – Le principe de la juste analyse 

Si nous admettons la définition générique de la politique : « est politique ce qui est relatif à l’organisation d’une collectivité et à l’exercice du pouvoir en son sein », nous devons néanmoins y introduire un critère qualitatif qui va différencier notre approche de la politique de celle des autres partis, généralement fondée sur ce que nous dénommerons le marketing des masses.

Ce critère qualitatif différent que nous devons adopter, situé aux antipodes de ce marketing politique, c’est le critère (ou principe) de juste analyse dont nous devons préciser immédiatement le sens exact, afin de couper court par avance à toute mauvaise interprétation.

Car en posant le principe juste analyse en tant que moteur de l’action politique, c’est à dire de l‘agir humain visant à organiser coercitivement la collectivité, nous ne prônons pas l’avènement de groupes politiques se prétendant, chacun d’entre eux et alternativement, détenteurs de «la vérité», et incitant ainsi les masses populaires à adhérer à leurs prescriptions sur la base d’une foi inébranlable, et, accessoirement à donner l’exemple par une série de comportements présentés comme incontestablement vertueux et respectueux d’un cahier des charges axiomatique.

Nous affirmons, au contraire, que l’action d’un mouvement politique doit être guidée, non par la recherche de l’adhésion populaire la plus large possible à son discours, mais, uniquement par le souci de livrer une analyse sociétale sincère assortie de prescriptions, sans se préoccuper de l’impact que pourrait avoir cette démarche sur sa popularité auprès des masses.

Car recherche d’adhésion et recherche de juste analyse constituent deux objectifs contradictoires, le second étant, à notre sens, la vraie raison d’être de la politique d’un point de vue éthique, mais également la seule façon d’avoir une chance, toute petite, mais chance quand même, de pouvoir traiter efficacement le problème de l’impasse de la croissance.

Mise en œuvre de la sorte, la Politique cesse alors d’être une activité marchande et accède à un statut supérieur, celui d’une activité de recherche, de recherche de la cause des causes quoi qu’il en coûte, ce qui implique naturellement et en premier lieu, de dire publiquement ce que nous pensons être la réalité des choses.

Cette recherche permanente de la juste analyse, il faut bien le préciser, définit une posture de principe garante de la vertu d’une organisation politique, mais elle n’emporte aucunement la garantie d’obtenir un résultat idéal, les orientations programmatiques de cette dernière pouvant naturellement revêtir des formes multiples mais toujours nécessairement argumentée et contredites.

En conséquence, l’adoption du principe de la juste analyse entraîne notamment les conséquence suivantes :

  1. Nos décisions, déclarations ou prises de position  ne doivent pas tenir compte de l’audience populaire possiblement générée par ces publications.
  2. La recherche de la satisfaction de l’audience ne doit jamais guider la formulation de nos idées
  3. La prise en compte de l’audience doit concerner uniquement la manière de formuler nos idées afin qu’elle restitue le mieux possible leur sens exact.